Louis-Marc-Antoine BILCOQ

Le médecin des urines


Louis-Marc-Antoine BILCOQ (1755, Paris – 1838, Paris)
Le médecin des urines
Huile sur toile
60 x 73 cm
Signé et daté en bas à droite
1784
Cadre d’origine estampillé INFROIT
Exposition: Salon du Louvre de 1791, sous le N°774
Provenance:
– Probablement vente des 2/3 avril 1839, Hôtel des ventes de la rue des Jeûneurs, Salle 1, Benou Commissaire-Priseur, N°132 du catalogue, sous le titre Le médecin aux urines
– Collection de la duchesse de Raguse ; sa vente pour 312 Francs le 14 décembre 1857, Drouot Salle 5, N°2 du catalogue, sous le titre Le médecin aux urines
– Collection Eugène Tondu ; sa vente pour 325 Francs le 10 avril 1865, Pillet Commissaire-Priseur, N°7 du catalogue, sous le titre La consultation
– Collection Le Duc ; sa vente le 7 mars 1887, Drouot Salle 1, N°7 du catalogue, sous le titre Le médecin aux urines


Quoique familier des amateurs de peinture, à son époque et même de nos jours, Bilcoq (communément appelé Marc-Antoine, même si on trouve parfois accolés ou non, les prénoms de Louis ou Marie) ne nous a laissé que peu d’éléments biographiques.
Possiblement élève de Lagrénée l’Aîné et de Demachy, il fut agréé à l’Académie de peinture le 24 septembre 1785, et y fut reçu le 27 juin 1789, avec Intérieur du cabinet d’un alchimiste, tableau qu’il présenta d’ailleurs au Salon de 1789.
Il retint l’attention des critiques lors de ses participations au Salon de la Correspondance jusqu’en 1785, puis, dès sa première participation au Salon en 1787, on trouvait ces lignes dans les « Observations critiques sur les tableaux du Salon de 1787 » : « Nous ne devons pas terminer nos observations sans faire mention de M. Bilcoq; ses petits tableaux sont tous précieux par la vérité, le bon goût, la finesse et la précision des figures. Il paraît tenir de l’école flamande pour la couleur mais il est plus exact dans le dessin » .
Appartenant sans conteste et exclusivement à la catégorie des peintres de genre, parfois considéré comme un suiveur de Chardin et de Greuze, la manière et les thématiques de Bilcoq s’inspirent plutôt des artistes du nord du XVIIème siècle, et en particulier de Gérard Dou, Adrien Van Ostade, Teniers ou Kalf; au XIXème siècle, ses tableaux furent d’ailleurs fréquemment attribués à des maîtres hollandais.
Ses scènes familières, ayant la plupart du temps pour cadre des environnements intérieurs rustiques et des ambiances de clair-obscur, sont jugées comme peintes avec beaucoup d’esprit et de vérité; elles présentent une coquetterie charmante, qui les rend voisines des oeuvres un peu plus précoces de Jean-Baptiste Charpentier ou d’Etienne Aubry.
Paul Marmottan rapproche Bilcoq de Debucourt et de Boilly, voire de Jean-Baptiste Mallet. Quant aux frères Goncourt, ils relèvent la finesse du traitement des objets au détriment des figures, ce qui est étonnant lorsque l’on observe la qualité d’exécution des personnages dans notre tableau.
Conservés dans plusieurs musées français (notamment à Cognacq-Jay et au Louvre) et étrangers (L’Ermitage de Saint-Pétersbourg fit l’acquisition en 1804 d’un tableau daté de 1782, Le médecin juif), les tableaux de Bilcoq se trouvent cependant en majorité dans des collections privées.

Le sujet de notre tableau est celui d’une consultation pour un diagnostic de grossesse grâce à l’observation des urines.
Ce thème des mireurs d’urine, médecins ou charlatans quelque peu alchimistes et astronomes, intéressa beaucoup les peintres flamands et hollandais du XVIIème comme Steen, Teniers, Dou (avec notamment sa célèbre Femme hydropique), Schalken ou enore Balthasar Van den Bossche et Gerard Thomas. Il revint relativement « à la mode » à la fin du XVIIIème siècle (s’inscrivant d’une façon plus générale dans le fort renouveau du goût pour la scène de genre traitée « à la flamande », avant et pendant la période révolutionnaire) , avec Hugues Taraval (Un médecin d’urine, Salon de 1779), Jean-Louis Demarne (Un chimiste regardant les urines, Salon de 1793 et Le médecin aux urines, Salon 1810 – peut-être le même tableau), l’artiste belge Lonsing (Le médecin des urines, Salon de 1798). Debucourt produisit une Consulation redoutée en 1779 (exposée sous le N°220 au Salon de 1781, 35×41 cm), oeuvre qui fit partie de la collection Achille Fould. Il existe également un tableau (24,5 x 33 cm) de Martin Drolling, passé en vente publique à Lille en 2000 et titré La visite chez le médecin.
Bilcoq avait quant à lui déjà traité le thème dans deux tableaux gravés par Le Veau en 1780: La consultation appréhendée et Le retour de la consultation.

Ici, le mireur observe la couleur et la limpidité de l’urine, afin de statuer sur l’existence ou non d’une grossesse; contrairement à la plupart des représentations de ce type de scène, la jeune femme semble assez sereine, sans angoisse quant au verdict; elle est seule, sans la présence de sa mère ou de son amoureux. Son attitude légère, son sourire séducteur, son décolleté sensuel, présentent d’ailleurs une certaine ambiguïté par rapport à sa relation avec le vieil alchimiste.
Le décor, fait de bric et de broc, s’apparente à un cabinet de curiosité, avec la présence de poteries, livres, divers fioles et flacons, un nautile, un sabre, un arc …
Le catalogue de vente de la collection Le Duc en 1887 décrit ainsi l’oeuvre: « Il est assis devant une table recouverte d’un tapis de Turquie, donnant une consultation à une jeune fille coiffée d’un chapeau de paille à large bord; debout, le bras gauche appuyé sur le dossier d’une chaise. Des poteries et différents ustensiles sont posés à terre. Bon tableau.  »
Le catalogue de vente de la collection Tondu en 1865 le décrivait plus succinctement: « Alchimiste dans son laboratoire, recevant la visite d’une jeune femme.  »

Ce grand et magnifique tableau, qui fit partie de la collection de la duchesse de Raguse (1779-1857), bénéficia à juste titre d’un élogieux commentaire dans le catalogue de la vente de 1857 : « Ce tableau est un des plus importants et de la meilleure qualité du maître. »
On ne peut effectivement qu’admirer la couleur vigoureuse et vraie, la touche facile et spirituelle, ainsi que l’harmonie de cette composition à la technique particulièrement soignée.