Louis-Etienne WATELET, attribué à

Vue de l’église Notre-Dame des Victoires de Trouville (Calvados)


Louis-Etienne WATELET (1780, Paris – 1866, Paris), attribué à
Vue de l’église Notre-Dame des Victoires de Trouville (Calvados)
Huile sur toile
38 x 46 cm
Circa 1846


Cette composition nous offre une rarissime vue de Notre-Dame des Victoires, très tôt après le début de sa construction en 1843.
La scène se passe en fin de journée, comme l’indique la lumière crépusculaire de l’arrière-plan à l’extrême gauche du tableau, au large du cap de la Hève, où on aperçoit les maisons de Sainte-Adresse et du Havre. Toujours sur cette côte havraise à l’arrière-plan au centre (derrière le petit groupe processionnaire) on distingue même la flèche de l’église Saint-Martin d’Harfleur.
Notre-Dame des Victoires commença à être construite en 1843 (alors que l’abbé Bourgeois est le curé de la paroisse de Trouville-Hennequeville), pour faire face au développement balnéaire de la station, et fut achevée en 1848; dans notre tableau, elle est bien positionnée en hauteur, avec le rivage en contre-bas.
Concernant la représentation de l’église proprement dite: la forme de la flèche, les petites tourelles (qui n’existent plus aujourd’hui), la façade, correspondent ainsi au bâtiment actuel, malgré quelques petites différences, dues ou bien à des évolutions architecturales, ou bien à la vision personnelle de l’artiste. Celui-ci prend d’ailleurs délibérément le parti de ne pas représenter les habitations qui se situaient dans la proximité de l’édifice.

Le cadre du tableau porte un cartouche désignant l’oeuvre comme de Jean-Victor Bertin. Il existe effectivement des similitudes avec le style du maître du paysage historique, mais les feuillages et végétations (rendus avec précision et raffinement), le ciel et les nuages (un peu trop présents) ne sont pas tout à fait dans la manière de Bertin, de même que la palette, plus froide que la sienne. Idem pour la facture des personnages, somme toute assez nettement différente de celle de Bertin.
Par ailleurs, même si Bertin a réalisé quelques vues d’Ile de France (Saint-Cloud, Arcueil…), l’essentiel de sa production consiste en des sujets « italiens », dans l’esprit très néo-classique du paysage historique. Mais aucune de ses oeuvres connues n’a pour thème la Normandie.
Enfin et surtout, il meurt en 1842, soit avant la construction de l’église de Trouville.

On retrouve dans notre tableau la facture léchée et minutieuse (quelque peu sur le déclin) des artistes du début du XIXème siècle, mais le style et l’ambiance correspondent davantage aux années 1840.
Une attribution sérieuse à Watelet peut se justifier par ce traitement des nuages, rendus avec un grand réalisme atmosphérique, aux tons contrastés sur un ciel très bleu, et sa belle représentation des feuillages et des troncs, assez caractéristique, le tout dans une palette relativement froide. Formé à l’école néo-classique de Valenciennes, Watelet évolue dans les années 1830 vers un style beaucoup plus naturaliste, voire romantique, souvent agrémenté de pittoresque; il se spécialise dans les paysages de montagne essentiellement des Alpes (Dauphiné, Italie, Tyrol…), mais aussi des Vosges.
Watelet était véritablement un peintre voyageur, qui collabora avec le baron Taylor et représenta des sites un peu partout en France, et notamment en Normandie; il exposa ainsi au Salon de 1819 une vue de Touques (à deux pas de Trouville), au Salon de 1822 une vue de l’Eure, en 1831 une vue de Rouen, en 1834 et 1836 des vues de Normandie, et en 1840 une vue de Gisors. C’est donc un familier de la région.

Watelet reçut de nombreuses récompenses lors des Salons, (il finira par être fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1825), ses peintures étant réalisées avec la participation fréquente de ses amis Taunay, Demarne ou Hippolyte Lecomte pour les figures. La qualité de ses aquarelles était également reconnue. Dès les années 1810, il dirigea un atelier fréquenté par de très nombreux élèves, parmi lesquels on compte Edouard Bertin, Caruelle d’Aligny, Lapito, Prosper Barbot, Alexandre Desgoffe… et même Paul Delaroche.
Si la critique lui reprocha parfois sa nature quelque peu conventionnelle, et la répétitivité de ses compositions, Paul Marmottan louait malgré tout avec justesse son talent distingué: « son feuillage net et délicat, ses groupes d’arbres très artistiques, son excellence à peindre les cascades et les lacs » et soulignait sa « fraîcheur de coloris et la légèreté de sa touche » . Des qualités partagées par le paysagiste romantique Paul Huet, qui disait de lui: « ses moulins, ses chutes d’eau, exécutés avec un rare talent de main, lui méritent un grand succès; son habileté pratique est bien supérieure à celle de ses deux rivaux Jean-Victor Bertin et Bidauld. Il fut bienveillant pour les nouveautés. Sa peinture est en grand honneur à Vienne et Berlin, où il fait vraiment école » .