Eugène LE POITTEVIN

Les bains de mer, plage d’Etretat


Eugène Modeste LE POITTEVIN (1806, Paris – 1870, Paris)
Les bains de mer, plage d’Etretat
Plume et encre de Chine
13,5 x 21 cm
Signé du monogramme en bas à gauche et légendé (autre fragment de mon tableau, les bains de mer) en bas
1865
Oeuvre en rapport: tableau exposé au Salon des Beaux-Arts de 1865, sous le N° 1338, et acquis par Napoléon III, de localisation actuelle inconnue.


Cette charmante feuille reprend le groupe de figures de la partie gauche du tableau que Le Poittevin présenta au Salon de 1865, et dont Napoléon III choisit de faire l’acquisition le 30 avril 1865 (l’oeuvre fut concrètement payée le 10 juin, pour 7 000 Francs de l’époque, à savoir une somme très importante). Le tableau fut aussitôt placé au Palais de l’Elysée; il y resta quelques semaines, avant d’être transféré au Garde-Meuble le 4 septembre de la même année. Il participa (sous le numéro 432) à l’Exposition universelle de 1867.
L’acquisition directement par Napoléon III se fit dans le cadre de la « Liste civile », une sorte d’enveloppe annuelle accordée au souverain qui lui permettait entre autres d’acheter des oeuvres d’art pour ses propres collections et non pour le compte de l’Etat.
Au moment de la guerre de 1870, une « Commission de liquidation » fut créée: elle protégea d’abord les biens de la famille impériale contre les risques liés à l’invasion. Après la guerre, la commission dut décider de la restitution ou non des oeuvres acquises personnellement par les souverains; en résumé, après tractations, les oeuvres qui étaient placées dans des palais impériaux revinrent à l’Etat, et le reste fut restitué à Eugénie (Napoléon étant mort en 1873) en 1879 et 1881.
Le tableau fut probablement vendu par Eugénie lors des ventes des collections personnelles du couple impérial à Drouot en 1881; sa localisation est aujourd’hui inconnue, et notre dessin, ainsi qu’une photo prise à l’époque au Salon, en sont les seuls témoignages iconographiques. Grâce à cette photo, on peut estimer à environ 60 x 110 cm le format.

Notre dessin est reproduit à l’identique dans l’album « L’autographe au Salon ».
Les dessins réalisés par les artistes pour « L’autographe » reprenaient très fidèlement la totalité ou bien une partie seulement des compositions des tableaux qui allaient être exposés au Salon; parfois, ils pouvaient aussi correspondre à des études, le tableau n’étant pas encore achevé. Ici, la légende laisse à penser que l’artiste avait déjà terminé son tableau.

Le Poittevin entretenait une relation forte avec Etretat: il fit partie des premiers artistes à lancer le village comme une station balnéaire mondaine; c’est son ami Eugène Isabey qui lui avait fait découvrir l’endroit, et il y acquit en 1849 une maison, La Chauferette, où il accueillera notamment Gustave Courbet en 1869.
Depuis 1852, il a exposé plusieurs peintures situées à Etretat, et en 1866, il présente une oeuvre sur le même thème balnéaire, Bains de mer d’Etretat (66 x 152 m), sous le N°1215, acquise par l’Etat et aujourd’hui conservée au musée des Beaux-Arts de Troyes. Le musée des Beaux-Arts de Caen en possède une esquisse (21 x 48 cm) peinte.

Le Poittevin (de son véritable nom Poidevin) passa son enfance à Versailles, où son père occupait le poste de « Sous-conservateur du mobilier de la couronne ». Ses talents artistiques lui permirent d’intégrer l’atelier de Louis Hersent vers 1823 puis celui de Xavier Leprince (suite au décès de ce dernier en 1826, Le Poittevin s’y installa et y termina même les dernières oeuvres inachevées de son maître); il est alors notamment soutenu par Alexandre du Sommerard (grand collectionneur et futur créateur du musée de Cluny), qui lui achète plusieurs tableaux. Le Poittevin échoua de peu au Prix de Rome du paysage historique en 1829, ce qui ne l’empêcha pas d’exposer dès 1831 au Salon, et ceci sans discontinuer jusqu’à sa mort.
Même s’il eut une activité d’illustrateur et de caricaturiste (cf ses recueils lithographiques de Diableries et ses dessins érotiques voire pornographiques), l’essentiel de son oeuvre représente des scènes de retour de pêche et des marines sur le littoral normand et en particulier cauchois. Certains critiques de l’époque évoqueront le côté parfois répétitif de ses compositions.
Romantique dans les années 1820 et 1830 (avec des oeuvres proches de celles d’Isabey ou d’Auguste Biard, avec lequel il est ami et collabore parfois), son style devient progressivement plus réaliste par la suite.
Il est nommé peintre officiel de la marine en 1849, à la suite de Louis-Ambroise Garneray, de Louis-Philippe Crépin et Théodore Gudin (ces deux derniers nommés en 1830).
Très apprécié de son temps, il reçoit plusieurs récompenses officielles lors des Salons: médaille de 1ère classe en 1836, de 2ème classe en 1831 et 1848, de 3ème classe en 1855. Son atelier parisien se situait au 5, cité Trévise, dans l’actuel 9ème arrondissement.