

Jean-Thomas THIBAULT (Montier-en-Der, 1757 – Paris, 1826)
La grotte de la nymphe Egerie, près de Rome
Huile sur panneau
24 x 32,5 cm
Vers 1815
Oeuvres en rapport :
– Tableau (toile) anciennement dans la collection de Joséphine à la Malmaison, vendu chez Sotheby’s, Londres, le 26/04/2001, sous le titre Wooded Glade with a Figure writing beside a Stream before a Villa, 51,5 x 65 cm, 37 000 € hors frais
– Version autographe quasi identique à notre oeuvre, toile signée, 24,5 x 33 cm, passée en vente chez Osenat le 24/10/2010
Provenance : probablement collection d’Augustine-Marie Clérembault de Vendeuil (1784-1844) vers 1815-1820
Notre panneau traite du même sujet, mais avec une composition somme toute assez différente, que le tableau acquis par Joséphine avant 1811, et dont Eugène de Beauharnais hérita en 1814 ; ce tableau figurait encore en 1852 dans sa collection conservée au château de Leuchtenberg en Bavière ; il réapparut dans une vente Sotheby’s en 2001.
Les ruines du nymphée d’Egérie, situées au sud-est de Rome dans le parc de la Caffarella, constituent un lieu célèbre, souvent représenté par les artistes depuis le XVIIème siècle : Silvestre, Claude Lorrain, Teniers, Swanewelt, Vernet, Clerisseau, Vien… Genillon au Salon de 1791, et Claude Thiénon (aquarelle) à celui de 1819, en proposèrent des vues contemporaines à celles de Thibault.
Selon la mythologie, c’est la déesse Diane qui aurait métamorphosée en fontaine la nymphe Egérie à la mort de Numa. Celui-ci, successeur de Romulus, trouvait secrètement l’inspiration des lois qu’il voulait donner à Rome auprès d’Egérie, dans sa grotte de la forêt sacrée d’Aricie, dans le Latium.
Fils d’un menuiser haut-marnais, l’architecte, peintre et dessinateur Jean-Thomas Thibault avait acquis sa première formation à l’Ecole gratuite de dessin créée par Bachelier à Paris, avant de la poursuivre en 1778 sur le chantier du château de L’Isle-Adam, au service du prince de Conti, sous la direction de Pierre Panseron, (un élève de l’architecte Blondel). C’est là qu’il aurait rencontré sur futur grand ami Fontaine, ce dernier évoquant dans ses mémoires « ses talents remarquables », son « caractère doux, facile, simple », et indiquant que son exemple et son habileté avait déterminé sa propre vocation. Le portrait de Fontaine peint par Thibault en 1784, ainsi que la nécrologie de son ami rédigée par Fontaine en 1827, témoignent des liens entre les deux architectes. Fontaine aida Thibault à plusieurs reprises, lorsqu’il lui permit d’obtenir des commandes et de devenir un proche des Bonaparte, ou quand il oeuvra pour sa nomination à l’Institut.
Son échec en 1782 au Grand Prix de l’Académie Royale d’Architecture ne l’empêche pas d’être employé par Richard Mique pour réaliser des vues de Versailles destinées à Marie-Antoinette, puis d’intégrer l’atelier d’Etienne-Louis Boulée ; il y réalise quelques projets de constructions, rares dans son œuvre tout de même davantage consacré à la peinture et à la décoration.
C’est à ses frais que Thibault décide d’effectuer un séjour en Italie, entre 1786 et 1792 (entrecoupé d’un bref retour à Paris durant l’année 1787), où il retrouve Fontaine et rencontre Percier, au sein d’un groupe de douze amis artistes, les « Duodi », qui seront tous portraiturés par Boilly. Il y produit de nombreuses études au crayon et à l’aquarelle (pour partie conservées au Louvre) de paysages ou d’édifices, ainsi que quelques grandes aquarelles, dans lesquelles apparaît son merveilleux sens de la perspective.
Sous la Révolution, il livre quelques projets architecturaux, et expose des paysages aux Salons de 1795 et 1796, ses deux seules participations.
Les années 1800 sont celles des travaux pour les Bonaparte.
Pour Louis et Hortense de Beauharnais, Thibault s’occupe en 1804 des aménagements du château de Saint-Leu et de l’hôtel particulier de la rue Cerutti à la Chaussée d’Antin ; il interviendra aussi en 1809 pour les nouveaux souverains de Hollande au palais de La Haye et à l’Hôtel de ville d’Amsterdam.
Durant toute l’année 1805, il participe avec son confrère Vignon à l’achèvement de la serre chaude à Malmaison, et il réalise aussi des vues du domaine ; c’est probablement de cette époque que date le tableau de Joséphine, peut-être une évocation de l’Impératrice en muse inspirante de Napoléon, tout comme Egérie l’avait été pour Numa… ?
L’année suivante, les Murat lui confient des décors pour le château de Neuilly et le palais de l’Elysée.
Dans cette période très active, son ami François Gérard dessine en 1808 son portrait, qui sera d’ailleurs reproduit en gravure dans Application de la perspective linéaire aux arts du dessin, ouvrage didactique posthume de Thibault, publié en 1827.
Cet ouvrage clôt une période d’une quinzaine d’années consacrée à ses activités d’académicien et d’enseignant (élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1818, nommé professeur de perspective aux Beaux-Arts en 1819 – il succède à Valenciennes), alors même qu’il continue à produire de grandes aquarelles « italiennes ».
Des inscriptions au dos du cadre d’origine de notre tableau mentionnent la date de 1817 et le nom d’une Madame de Vendeuil, probablement Augustine-Marie Jehannot de Bartillat, qui épousa en 1805 Albert-Louis Clérembault de Vendeuil (1769-1825), chevalier de Saint-Louis.