François-Hippolyte DESBUISSONS, dit HIPOLITE

Portraits de Charles Auguste Esprit Rose BLUTEL et de sa femme Suzanne Marianne Michelle


François-Hippolyte DESBUISSONS, dit HIPOLITE (vers 1740 – après 1807)
Portraits de Charles Auguste Esprit Rose BLUTEL (29 mai 1757, Caen – 1er novembre 1806, Anvers) et de sa femme Suzanne Marianne Michelle (morte à Rouen en 1828)
Miniatures, gouache sur ivoire
Diamètre: 6,4 cm chacune
Signée du monogramme (hD) à droite vers le bas pour l’une (Madame)
Cadres en bronze doré d’époque Napoléon III, de style Louis XVI à décor de noeuds de ruban en partie supérieure.
Légère fente sur l’une
Circa 1796


Elève de Joseph-Marie Vien, Desbuissons étudia à l’Académie Royale de peinture au début des années 1760, puis fut membre de l’Académie Saint-Luc au milieu des années 1780.
Il est connu pour la très grande précision de ses miniatures, notamment ses portraits en profil presque monochromes sur fond sombre, un peu en manière de trompe-l’oeil, réalisés à la fin des années 1780, et proches des oeuvres de de Gault. Une de ses caractéristiques stylistiques est une ligne de sourcils assez sombre et prononcée, ce qui donne parfois un air assez dur à ses modèles; on retrouve ici cet aspect dans le visage de la femme, toutefois probablement déjà « viril » dans la réalité! Un autre motif récurrent sont ces délicates guirlandes de fleurs et particulièrement de roses, dont il orne les coiffures ou les tenues vestimentaires de ses modèles féminins.
Il eut un fils, Joseph-Auguste (1770-1845), formé par lui-même puis David, qui hésita entre la carrière artistique (il produisit ainsi un certain nombre de miniatures, signées « Hipolite » comme son père, avec lesquelles elles sont parfois confondues) et militaire, et finit par devenir comédien.

Hippolyte-François Desbuissons passa beaucoup de temps à Rouen, ce qui explique la réalisation de ces très raffinés portraits d’un important personnage rouennais sous la Révolution, le Directoire et le Consulat, et de sa femme.

Charles-Auguste Blutel commença sa carrière comme avocat à Rouen, où, en 1790, il fut nommé Juge de Paix et un des chefs de la Garde Nationale. Le 7 septembre 1792, il fut élu député pour la Seine Inférieure à la Convention, où il siégea au Marais, parmi les modérés. Il fit d’ailleurs preuve à la fois de modération et de courage lors du procès de Louis XVI, dont il combattit activement la condamnation et pour lequel il vota la réclusion et le bannissement. A la fin de 1793, il dénonça les excès de pouvoir de la municipalité et du comité révolutionnaire de Rouen, et cita les noms de 1200 personnes qui étaient illégalement détenues dans les prisons rouennaises pour raisons arbitraires; échappant plusieurs fois à la guillotine, après le 9 Thermidor 1794 il fit libérer plus de 1000 personnes en Seine Inférieure. Fin 1794 il fut envoyé en mission dans les départements d’Aquitaine et du pays basque (Charente Inférieure, Gironde, Landes, Basses Pyrénées) pour mettre fin à la Terreur et arrêter les agents de la Montagne qui avaient notamment abusé de leurs droits de réquisition pour leurs propres profits; à Rochefort, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne, il fut l’artisan de nombreuses libérations et du retour au calme.
Devenu député de la Seine Inférieure au Conseil des Cinq-Cents en 1796, il présenta en février 1797 un remarquable rapport sur les Douanes, qui aboutit à la réorganisation de cette administration. Après sa démission du Conseil des Cinq-Cents en mars 1797, le Directoire le nomma Régisseur Général des Douanes, puis Directeur des Douanes de Rouen, puis Directeur des Douanes d’Anvers (alors les plus importantes de France). Son fils Jean-Esprit fut Directeur des Douanes de La Rochelle.
Blutel figure parmi les personnalités anversoises représentées dans le tableau de Matthieu-Ignace Van Brée L’entrée de Bonaparte 1er Consul à Anvers le 18 juillet 1803, conservé au château de Versailles; son portrait dessiné d’après nature pour ce tableau est conservé au cabinet des dessins du Louvre (Inv 19649 recto). L’homme y apparaît bien plus âgé et fatigué que sur notre miniature.
Par son sujet Révolutionnaire et sa facture , celle-ci peut être rapprochée d’une miniature conservée au Louvre, datée An 3, et représentant un personnage ceint d’une écharpe tricolore.