Henry JACQUIER

Le maréchal Sérurier assiste à la destruction des trophées de la Grande Armée

Lithographie de Giroux, Salon de 1910

Henry JACQUIER (Saint-Etienne, 1878 – Cannes, 1921)
Le maréchal Sérurier assiste à la destruction des trophées de la Grande Armée
Craie noire
47 x 25,5 cm
Signé et daté en bas vers le centre ; dédicacé au dos A Charles Dauzats, respectueux hommage
1907
Oeuvres en rapport :
– Tableau exposé au Salon de 1908, titré Glorieux bûcher (30 mars 1814), sous le n°898, pour lequel notre dessin est une étude préparatoire
– Lithographie de Charles Giroux (1861-1940) exposée au Salon de 1910, sous le n°4753, reprenant le tableau du Salon de 1908


Après une enfance passée à Vienne, Henry Jacquier suit les cours de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon, puis intègre en avril 1897 l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, où il est formé par Flameng et Cormon. Il expose au Salon de Paris à partir de 1900, avec des portraits, paysages, scènes de genre ou religieuses. C’est en 1907 qu’il se spécialise réellement vers les thématiques militaires et historiques, tout en continuant à produire des portraits de personnalités, tels ceux de Joffre (conservés au château de Versailles et au musée de l’Armée), exécutés en 1915. Jacquier est à cette date trésorier de la Société des peintres militaires (fondée en décembre 1913), peintre au Ministère de la Guerre (depuis avril 1914), et revient du front où il est atteint d’un mal qui causera sa mort plusieurs années après, et que ses séjours réguliers sur la côte d’Azur ne pourront soigner. A l’occasion de l’exposition posthume organisée par sa veuve à la galerie Georges Petit en 1923, la critique soulignait sa personnalité charmante et délicate, et rappelait les nombreuses récompenses officielles reçues par le peintre.

Glorieux bûcher valut à son auteur le Prix Alphonse de Neuville, d’une valeur de 1 200 Francs, décerné tous les deux ans par l’Académie des Beaux-Arts à un jeune peintre de sujets militaires. Le tableau (4 x 3,10 m), exposé dans la salle II du Grand Palais, fut, entre autres, reproduit page 144 dans le catalogue illustré du Salon, dans Les Salons de 1908 de Charles Saunier publié chez Goupil, ainsi que dans Le Monde illustré, et connut un grand succès critique avec de très nombreuses citations dans les gazettes du temps ; il fut acquis par l’Etat, au prix de 3 000 Francs, pour être placé au musée de Nîmes, dans lequel il est toujours conservé. Le graveur Charles Giroux (1861-1940) en tira une lithographie, exposée au Salon de 1910, sous le n°4753.
Le sujet du tableau est parfaitement résumé dans le texte du livret du Salon : « Le 30 mars, à 9 heures du soir, à la veille de l’entrée des armées ennemies à Paris, le maréchal Sérurier, gouverneur des Invalides, donne l’ordre de détruire et de brûler dans la principale cour de l’hôtel les quatorze cent dix-sept drapeaux et étendards pris sur les ennemis, ainsi que l’épée et les décorations du Grand Frédéric, confiés à sa garde. Ce soir-là furent anéantis les trophées de Denain, de Fontenoy, de Jemmapes, de Fleurus, d’Arcole, d’Aboukir, de Marengo, d’Austerlitz, de Wagram, etc… (Mémoires du [maréchal Suchet] duc d’Albuféra) ».

Notre dessin est l’étude pour la figure principale du tableau, le maréchal Sérurier (1742-1819), que Napoléon avait nommé gouverneur des Invalides en 1803 ; on y voit bien la tristesse contenue et noble du vieux militaire se tenant dans l’ombre, silencieux, mais le visage éclairé par les flammes.
Le destinataire de notre oeuvre, Charles Dauzats, était un publiciste et journaliste (notamment au Figaro) de tendance monarchiste ; il écrivit en particulier, dans Le Petit Caporal du 10 septembre 1908, un article sur des reliques napoléoniennes trouvées dans les réserves du Louvre par le général Niox, alors gouverneur des Invalides, et destinées à y être exposées.