Ange-René RAVAULT

Portrait d’une famille de la région de Montargis ou de Pithiviers


Ange-René RAVAULT (Montargis, 1766 – Montargis, 1845)
Portrait d’une famille de la région de Montargis ou de Pithiviers
Huile sur toile
73 x 60 cm
Signée et datée en bas à gauche
1819
Provenance :
– Vente du 6 décembre 1991, Sotheby’s Monaco, Tableaux, dessins et bronzes du XIXe siècle, n°408 du catalogue, estimé 180/220 000 Francs (33/40 000 $)
– Vente du 9 décembre 1999, Tajan, Paris, Importants tableaux anciens, n°24 du catalogue, vendu 70 000 francs (environ 10 800 €) hors frais
– Collection particulière française


Décrit par certaines sources comme seigneur de Corquilleroy, Ange-René Ravault des Gombeaux est surtout connu comme un proche ami de son compatriote montargois Girodet.
Après une brève carrière militaire (il fit ses études à Brienne aux côtés de Napoléon Bonaparte) et une courte émigration, il fut formé aux Arts par Benoît Suvée. Son activité de miniaturiste pendant la Révolution lui permit d’abord de survivre, puis dans un second temps de très bien gagner sa vie, et ceci en raison de ses bonnes qualités en la matière. L’historien d’art Paul Mantz (1821-1895) parlera de sa manière « délicate« , et n’hésitera pas à le comparer à Perin-Salbreux, « un peu au-dessous pourtant » . On connaît de lui un portrait de Cambacérès, daté de 1794, conservé au musée de Cincinnati, un autre de Louis XVI, conservé au musée de Chartres, tous deux en miniature.
Mais malgré les conseils de Girodet, Ravault, peu enclin au parisianisme ou à profiter de ses relations, n’exposa au Salon qu’en 1795, des dessins et des miniatures, et en 1799, un tableau d’histoire, Bonaparte invoquant la Fortune avant de débarquer en Egypte, avant de se retirer définitivement sur ses terres natales.
En dehors des portraits, on trouve quelques sujets religieux, destinés à des décors d’église (comme en 1791 la fresque Le concert des anges, ornant le chœur de la chapelle de l’ancien Hôtel-Dieu de Pithiviers, un Passage de la Mer Rouge et une Madeleine aux pieds de Jésus), ou allégoriques, comme sa lithographie Le réveil de la Grèce, publiée en 1822, en plein mouvement philhellène, ainsi que des représentations de monuments de sa région.

Notre portrait représente probablement une des influentes familles du Gâtinais, auprès desquelles Ravault était bien introduit. Il ne peut s’agir d’un autoportrait, notre artiste (qui aurait ici 53 ans) n’ayant eu qu’un seul fils, Georges-René (1804-1880), qui occupera des fonctions de magistrat à Montargis puis à Chartres.
Il s’inscrit dans la tradition des portraits réalisés en extérieur, fréquente en Angleterre, initiée en France par des artistes comme Gauffier, Sablet, Boilly, et poursuivie sous la Restauration et la Monarchie de Juillet par Duval-Lecamus ou Pingret, par exemple. Sur un fond de paysage possiblement imaginaire, le père, à l’allure de dandy anglais, affiche sa réussite sociale et familiale, adoptant une pose assise assurée mais relâchée, une canne en bambou à ses côtés. Sa femme est vêtue à la dernière mode : jupe de percale terminée par trois volants de mousseline, large col d’inspiration néo-gothique et chapeau en velours noir à plumes similaires à ceux portés par la duchesse de Berry dans son portrait par Hesse exposé au Salon de 1819. La jeune fille porte quant à elle une robe à taille encore très haute.

L’ensemble évoque un instantané photographique assez moderne, avec tous les regards des protagonistes fixés vers le preneur de vu. Attention … ne bougeons plus !