


Adolphe-Etienne VIOLLET-LE-DUC (Paris, 1817 – Paris, 1878)
Près de Genzano, sur les bords du lac de Nemi
Huile sur toile
68 x 96 cm
Signé en bas à gauche
1848-1849
Exposition : Salon de Paris de 1849, n° 2042, titré Vue du lac Hemi (sic) et du village de Genzano ; environs de Rome
Adolphe-Etienne est le frère cadet du célèbre architecte Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879). Tous deux grandissent au palais des Tuileries, leur père occupant des fonctions administratives dans l’art.
Formé quelque temps, tout comme son frère, par son oncle Etienne-Jean Delécluze (lui-même élève de David), mais surtout par le paysagiste Léon Fleury (1804-1859), il accompagna son frère en Italie lors de son voyage de formation entre mars 1836 et septembre 1837.
Adolphe exposa au Salon de 1844 jusqu’à sa mort, des vues d’Italie, de la Côte d’Azur, de la région parisienne, et, dans ses dernières années, d’Etretat où il passait ses automnes. Il eut aussi une activité significative en tant que critique d’art, notamment dans Le Journal des Débats alors dirigé par le peintre François-Edouard Bertin.
Son style, bien hérité de celui de son maître Fleury, combine au socle du paysage historique composé un traitement plus réaliste de la nature et un coloris plus moderne, et le rapproche de confrères comme Achille Bénouville, Félix Lanoüe, Paul Flandrin ou Alfred de Curzon, qui constituent en quelque sorte la troisième et dernière génération de paysagistes néo-classiques.
Viollet-le-Duc traite le sujet du lac de Nemi à quatre reprises au Salon. La première fois en 1848, avec Bords du lac de Nemi, environs de Rome ; tandis que L’Illustration fustige « un ton trop cru », le tableau (environ 1 x 1,60 m) bénéficie d’une bonne critique par Etienne-Jean Delécluze (son oncle !) dans La Revue de Paris : « Son paysage se compose d’un énorme chêne vert occupant les deux tiers du tableau, et au-delà duquel on aperçoit au loin la paroi de l’ancien cratère devenu un lac. Ce qu’il y a d’ordinairement de calme et de sauvage dans ce site a bien été saisi et habilement rendu par M. A. Viollet-Leduc, dont les progrès dans son art sont manifestes cette année ». Ce commentaire pourrait correspondre à notre œuvre, pour laquelle Delécluze est tout aussi élogieux dans Le Journal des Débats du 4 juillet 1849 : « Le lac de Némi, ou Le miroir de Vénus, comme disaient les anciens, avec le joli village de Genzano qui le couronne, tel est le sujet du tableau de M. A. Viollet-Leduc, site solitaire et grâcieux. Dans ce petit tableau, plein de vérité et peint avec délicatesse, on remarque particulièrement le ciel, qui est d’une pureté et d’une légèreté de ton remarquables ».
En 1850, Le matin sur le lac de Nemi (environs de Rome) est acquis par le Ministère de l’Intérieur ; conservé au Louvre, l’ambiance y est plus « poussinesque » que dans notre tableau.
En 1853, c’est un tableau de format vertical, Bords du lac de Nemi, que Viollet-le-Duc présente.
Situé au cœur des monts albains à quelques dizaines de kilomètres au sud-est de Rome, le lac de Nemi, site naturel volcanique grandiose, était un des lieux de visite favoris des artistes, depuis le XVIIème siècle (Claude Gellée, Dughet…) jusqu’à l’époque du Grand Tour, et encore pendant toute la première moitié du XIXème siècle.
Placé au pied du village de Genzano qui surplombe le lac, avec les silhouettes presque cubistes de ses habitations qui se détachent du haut du feuillage de deux arbres volumineux, l’artiste nous entraîne dans un assez spectaculaire effet de contre-plongée. Adolphe Viollet-le-Duc se trouvait précisément à Nemi en avril 1848, comme nous l’indique un croquis préparatoire pour notre tableau (vendu avec).