
François-Edouard BERTIN (Paris, 1797 – Paris, 1871)
Egypte : entrée de tombeaux dans la Vallée des Rois, avec les colosses de Memnon
Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier bleu
50 x 64 cm
Après 1846
Edouard Bertin est souvent confondu, comme il le fut aussi à son époque, avec un autre artiste paysagiste, pionnier du néo-classicisme, Jean-Victor Bertin (1767-1842), aucun lien de parenté n’existant entre les deux hommes.
Il appartient à ce que l’on pourrait décrire comme la deuxième génération de paysagistes néo-classiques, qui développeront une sensibilité plus naturaliste que leurs aînés Valenciennes, Bertin, Bidauld et Dunouy, parfois teintée de romantisme ou de pittoresque. Cette génération, menée par son ami Corot, regroupe ainsi des peintres comme Caruelle d’Aligny, André Giroux, Guillaume Bodinier, Jules Coignet, Charles-Joseph Rémond, Louis-Auguste Lapito, Léon Fleury, Alexandre Desgoffe, Léopold Leprince…, globalement tous nés entre 1795 et 1805. C’est à Corot, et plus encore à Caruelle d’Aligny qu’Edouard Bertin fut le plus souvent comparé.
Malgré une infirmité pénalisant ses mouvements, Edouard Bertin fut un artiste voyageur qui effectua onze séjours en Italie, visitant toutes les régions de la botte : Rome, Naples et la côte amalfitaine, la Sicile, Florence et la Toscane, les lacs du nord… Il se rendit également dans des contrées plus « nordiques » comme la Belgique et les Pays-Bas, l’Allemagne, et la Suisse (essentiellement l’Oberland bernois), et en Orient (Grèce, Turquie, Levant, Egypte et peut-être l’Espagne) entre 1844 et 1847 ou 1848.
Réalisées dans un style sévère mais puissant, les oeuvres d’Edouard Bertin dégagent une simplicité grandiose et une ambiance poétique souvent proche de celle de Poussin, avec une appétence pour la majesté des arbres, la minéralité et la monumentalité des masses rocheuses.
Ce sont les dessins qui constituent l’essentiel de sa considérable production (on parle de plus de 3 500 oeuvres) ; d’ailleurs, l’exposition posthume organisée en 1872 par l’Ecole des Beaux-Arts ne comprenait qu’une trentaine de peintures, dont près de la moitié étaient des esquisses ou études, répondant à plus de 260 dessins et croquis.
Ces dessins sont assez facilement reconnaissables : ils présentent des contours appuyés de pierre noire, souvent relevés de craie blanche, sur papier beige ou bleu, avec un sommet délimité par une arche. Concernant ce style si particulier, il semble que Bertin l’ait développé à l’occasion de son deuxième séjour italien, dans les années 1825-1827.
En 1844, à l’occasion d’un nouveau voyage en Italie, Bertin décide de poursuivre vers l’Orient, pour un périple qui durera plus de trois années, en commençant par la Grèce ; peut-être a-t-il été encouragé par son ami Caruelle, qui s’y trouvait l’année précédente ? En 1845 il est à Constantinople, puis se dirige vers le Liban, la Syrie, la Palestine, Jérusalem, le désert du Sinaï, et enfin l’Egypte, où il remonte le Nil du Caire jusqu’à l’île de Philae, en passant par Thèbes et la Vallée des Rois.
Dans notre dessin, le paysage montagneux se réfère assurément à la Vallée des Rois, mais aucune tombe ne possède une entrée flanquée de colosses. Les Colosses de Memnon, bien reconnaissables, se trouvent ici recontextualisés, dans un résumé qui n’a jamais existé que dans l’esprit de l’artiste, ce qui peut laisser penser à une oeuvre réalisée après le voyage en Egypte. Celle-ci reflète néanmoins le goût de Bertin pour les sites grandioses et la minéralité.
Ces deux statues de pierre d’environ 15 mètres de haut et représentant le pharaon Aménophis III furent construites vers 1 300 av. J.C. ; situées au bord du Nil près de Louxor, elles faisaient office de sentinelles du temple du pharaon, qui fut détruits par plusieurs tremblements de terre.