

Merry-Joseph BLONDEL (Paris, 1781 – Paris, 1853)
Portrait de l’architecte Charles Percier
Huile sur toile
61,5 x 51 cm
Signée et datée en bas à droite
1838
Exposition : Salon de 1839, n°190, titré Portrait de feu Ch. Percier, architecte, membre de l’Institut, etc…
Oeuvres en rapport :
– Tableau, 64 x 53 cm, commandé en 1840 par Louis-Philippe à Blondel, et conservé depuis au château de Versailles
– Tableau, 30 x 20 cm, présent en 1888 dans la collection de d’Alexandrine Halévy (fille de l’architecte Hippolyte Le Bas)
– Tableau, 32 x 24 cm, daté 1839, dans la collection d’Achille Leclere, élève de Percier, et resté dans sa descendance jusqu’à il y a peu
– Gravure de Polydore Pauquet (1800-1879), publiée en 1840 dans les Galeries historiques de Versailles
– Ebauche du portrait, n°49 du catalogue de la vente après-décès, localisation inconnue
Provenance : héritiers de Pierre-François-Léonard Fontaine jusqu’à nos jours
Blondel est l’un des meilleurs peintres représentants de l’art académique français au cours de la première moitié du XIXe siècle, spécialisé dans les portraits, les sujets mythologiques et historiques, ainsi que dans les grands décors.
Malgré un père peintre décorateur membre de l’académie de Saint-Luc, il se dirige d’abord vers la carrière notariale, rapidement abandonnée. Après un premier apprentissage auprès d’Etienne-Charles Leguay (1762-1846) à la manufacture de porcelaine Dihl et Guerhard, qui influera sur sa technique précise et lisse, Blondel devient en 1802 élève de Jean-Baptiste Regnault, qui lui fait obtenir le prix de Rome en 1803. Mais, en raison de suspensions des bourses, ce n’est qu’en 1809 qu’il effectue son pensionnat à la Villa Médicis ; c’est là qu’il nouera de longues amitiés artistiques, comme avec Ingres (qui admirait sa technique et dessina son portrait en 1809) ou avec le milieu des architectes.
De retour à Paris en 1812, Blondel remporta au Salon (où il expose environ 60 œuvres entre 1806 à 1847) de 1817 une médaille d’or pour La Mort de Louis XII.
Sa bonne entente avec le comte de Forbin, alors directeur des musées royaux, lui permet d’obtenir d’importantes commandes de décors pour le Louvre et Fontainebleau au début des années 1820, ainsi que pour le palais Brongniart, entre autres. Tous ces travaux officiels lui valent la Légion d’honneur en 1825, et il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts en 1832, année où il est aussi nommé professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris.
A la demande de Louis-Philippe pour glorifier l’histoire de France au château de Versailles, Blondel réalise de monumentales peintures pour la salle des Etats-Généraux vers 1837, puis pour la salle dite des Croisades vers 1840.
De caractère aimable et doux, il semble que Blondel ait mené une carrière sans vagues, éloignée des rivalités entre peintres ou des querelles stylistiques (ainsi, tout en étant fidèle à un socle classique et académique, il ne rejetait pas les théories plus modernistes) et non affectée par les différents régimes politiques.
On ne présente plus Charles Percier (Paris, 1764 – Paris, 1838), peut-être le plus grand architecte et décorateur néo-classique de la fin du XVIIIème siècle et du premier tiers du XIXème siècle, et connu pour être, avec son confrère et ami Pierre-François Léonard Fontaine (1762-1853), l’inventeur et principal représentant du style Empire.
Blondel était proche du milieu des architectes ; il avait ainsi réalisé en 1811, à Rome, le portrait d’Hippolyte Le Bas, lui-même élève de Percier, et probablement celui d’Achille Leclere. La deuxième Exposition des Portraits du siècle, aux Beaux-Arts de Paris en 1885, présentait d’ailleurs ce portrait de Le Bas et un autre de Percier, tous deux appartenant à Alexandrine Halévy, la fille de Le Bas. Il exposait aussi au Salon de 1824 un Portrait de M***, architecte (très probablement celui de Jean-Baptiste Lepère, peint en 1823) et celui de Hurtault (ces deux tableaux sont conservés au Louvre), puis en 1843 celui d’Alphonse de Gisors.
Fontaine (dont il dessina un portrait – présent dans la vente après-décès de Blondel) sera par ailleurs témoin de son mariage en 1832 avec la fille du peintre Pierre-Maximilien Delafontaine.
Cette proximité s’explique probablement d’abord par le fait que le frère aîné de Blondel, Charles-François-Armand (1770-1854), était lui-même architecte. Dans un second temps, par la force des choses dans le cadre de ses commandes de décors, Blondel fut amené à côtoyer des architectes sur différents chantiers, comme ceux du Louvre et de Fontainebleau orchestrés par Fontaine et Percier au début des années 1820 ; c’est à cette époque que remontent certainement les premiers liens entre Blondel et Percier. Désormais amis, ceux-ci auront aussi l’occasion de souvent se fréquenter à l’Académie des Beaux-Arts et les jurys de concours.
Indiqué au livret du Salon comme « peint de souvenir », (il décède le 5 septembre 1838, ce qui implique la réalisation de notre tableau au cours du dernier trimestre de l’année), Percier apparaît ici avec son visage pensif et mélancolique, et les vêtements de sa jeunesse. Mais Blondel ne manque pas de clairement représenter le lobe percé de son oreille, rappelant ainsi que Percier (portant bien son nom) fut un des premiers « people » adeptes du piercing !
Très à la mode chez les hommes au cours de la Renaissance, et particulièrement en Angleterre (cf la boucle en perle du roi Charles 1er), le port d’un anneau d’oreille revient au goût du jour en France sous le Directoire, et se répand fortement sous le 1er Empire, notamment dans l’armée. Mais on trouve aussi cette esthétique dans les milieux artistiques à Rome à la fin du XVIIIème siècle, symbole d’une certaine liberté ou d’anticonformisme ; c’est lors de son séjour romain avant la Révolution que Percier adopte cet usage, qu’il conservera après son retour à Paris, pendant quasiment toute sa vie, comme l’attestent plusieurs témoignages écrits.
Cet anneau est bien visible sur un tableau de Robert Lefèvre daté de 1807.