Achille LAUGE

Collioure, la jetée du phare


Achille LAUGE (Arzens, 1861 – Cailhau, 1944)
Collioure, la jetée du phare
Pastel
38 x 55 cm
Vers 1926-1928
Provenance :
– Atelier de l’artiste
– Collection Juliette Laugé, fille du peintre
– Collection Ceneda, nièce de Juliette Laugé jusqu’en 1987
– Galerie Kiras, rue Bonaparte à Paris, achat du 11 juin 1988
– Collection privée parisienne puis par descendance


Natif de l’Aude et issu d’une famille paysanne, Laugé se dirige d’abord vers une carrière de pharmacien, mais il abandonne cette voie pour se consacrer à la peinture et entre à l’École des Beaux-Arts de Toulouse, puis aux Beaux-Arts de Paris en 1882, dans les ateliers de Cabanel et Jean-Paul Laurens. A Paris il fréquente notamment Antoine Bourdelle et Aristide Maillol, avec lequel il partage un atelier jusqu’en 1888.
Déçu par l’enseignement académique, Laugé se détourne rapidement des canons officiels et s’intéresse plutôt aux recherches des néo-impressionnistes ; il n’expose ainsi qu’une seule fois au Salon des Artistes Français, en 1888 (des portraits), et privilégiera le Salon des Indépendants ou le Salon d’Automne.
Sensible aux théories de la division des couleurs des pointillistes comme Seurat et Signac, il développe cependant une écriture personnelle, centrée sur la lumière et l’harmonie chromatique. En 1888, profondément attaché à son terroir, il quitte Paris pour s’installer à Carcassonne puis à Cailhau, village qui devient son port d’attache et sa principale source d’inspiration.
Peintre de plein air, Laugé travaille le plus souvent au pastel ou à l’huile, multipliant les études de paysages autour de son lieu de vie. Il répète volontiers les mêmes motifs, cherchant à en saisir les variations lumineuses selon les saisons et les heures du jour. En 1905, il fait même construire une roulotte-atelier afin de peindre directement dans la nature, quelles que soient les conditions.

Si l’essentiel de son œuvre est consacré aux paysages de l’intérieur des terres languedociennes, Achille Laugé entretient un lien important avec le village de Collioure à partir de 1926. Attiré par la lumière intense du littoral, il y séjourne désormais tous les mois d’été, et aborde de nouveaux motifs : vues du port, toits du village, façades colorées et horizons marins.
Notre pastel, presque un monochrome dans des tonalités très douces mêlant blancs, verts et bleus nous offre une vision différente de Collioure. Là où nous sommes habitués aux toits rouges, aux murs ocres et à une mer d’un bleu vif, et aux cadrages assez resserrés, c’est dans une perspective atmosphérique, quasi brumeuse, que Laugé représente les formes à peine reconnaissables du phare antique et de la digue. Il réalisa d’autres pastels de Collioure dans des lumières approchantes, mais notre composition est la plus poussée, révélant sa talentueuse veine impressionniste qu’il avait peu à peu mise de côté durant sa carrière.