Robert OREANS

Kiev: explosion d’un dépôt de munitions le 6 juin 1918

Version peinte de la composition
Eruption du Vésuve par Dunouy
Eruption du Vésuve de 1794 par della Gatta

Robert OREANS (1874, Karlsruhe – 1963, Kassel)
Kiev: explosion d’un dépôt de munitions le 6 juin 1918
Crayon et estompe
1,13 x 0,94 m
Signé et daté en bas à droite
1930
Oeuvre en rapport: tableau (huile sur toile, 1,19 x 0,99 m) reprenant la même composition, présenté par la galerie Vincent Lecuyer en 2017


Cet extraordinaire et spectaculaire dessin est l’oeuvre de l’architecte et designer allemand Robert Oréans qui fut, avec Hermann Billing par exemple, un des principaux représentants du mouvement moderniste Jugendstil (Art Nouveau) à Karlsruhe au tout début du XXème siècle. A l’image de ce mouvement artistique pluridisciplinaire, Robert Oréans produisit un certain nombre de peintures, dessins, affiches… et professa à l’école des Beaux-Arts de Kassel.

Le dessin représente un événement s’étant produit à l’occasion des guerres d’indépendance de l’Ukraine (1917-1921) suite à la révolution bolchévique de février 1917, dans une situation très tendue, militairement et politiquement complexe: l’explosion spectaculaire d’un entrepôt militaire, situé à Zvirynets dans la banlieue de Kiev, qui contenait 11 000 tonnes d’explosifs. Malgré le contexte, l’origine ne semble avoir été qu’un feu accidentel.
L’explosion, qui se produisit à 10 h du matin, détruisit toute une zone résidentielle de plus de 900 habitations et provoqua plus de 200 morts et 1 000 blessés. L’épais nuage de fumée noire recouvrit toute la ville de Kiev, assombrissant le ciel à 70% et atteignant jusqu’à 3 600 mètres d’altitude.
Comme l’évoquait Guy Boyer dans son article dans Connaissance des Arts de 2017 (à propos de la version peinte, présentée par la galerie Vincent Lecuyer), on se demande pour quelle raison Robert Oreans représenta cet épisode seulement une dizaine d’années après .
La composition rappelle par certains aspects les éruptions du Vésuve peintes par le peintre neo-classique Dunouy dans les années 1810/1815, ou encore la gouache (éruption du Vésuve) de 1794 de Saverio della Gatta, mais de manière bien plus dramatique; le noir et blanc du dessin donnant, selon nous, un caractère encore plus apocalyptique à la scène que le tableau d’Oréans, et donnant l’impression terrible d’être face à un « champignon » d’explosion nucléaire.